profil Alicja Kawade

Un an. Une année de préparation, de réflexion, d’appréhension des lieux, et de mise en espace pour que le travail d’Alicja Kwade rayonne et résonne sous l’immense nef du CCC OD de Tours. L’œuvre est immersive. Il faut la parcourir, mais surtout la vivre. L’artiste nous entraîne dans une déambulation réflexive au cœur d’un labyrinthe. Miroirs, sculptures en béton, de cadres métalliques, le tout rythmé par le mouvement de rotation d’une l’horloge suspendue dont le son renvoie la notion inextinguible du temps.

Vérité ou illusion ?

Alicja Kwade est une exploratrice de la matière. Bois, pierre, verre, bronze, elle choisit, sélectionne et transforme pour matérialiser des objets du quotidien. Le travail Alicja est motivé par son questionnement permanent sur les objets. Vérité ou illusion ? Alicja Kwade s’interroge, interroge : ce que l’on voit est-il réel ? Elle fonde sa démarche artistique sur d’un précepte empli de scepticisme.

« Nous acceptons la plupart de ce qui nous entoure par pur habitude. Mais que savons-nous ou comprenons-nous vraiment ? »

That is the question !

Renaissance ou remise en question ?

En 2019 , coup de projecteur sur la période Renaissance en Centre Val de Loire. La Région a l’ambition de porter ses richesses patrimoniales et culturelles au delà des frontières en labellisant 700 événements en lien avec cette période charnière de l’histoire de France, marquée par les débuts de l’imprimerie, les grandes découvertes et l’esprit Humaniste. Il y a 500 ans Léonard de Vinci s’éteignait au Clos Lucé, Catherine de Médicis voyait le jour à Florence et François 1er lançait le chantier pharaonique de Chambord, perle des châteaux Renaissance de la Loire. Alicja Kwade, elle, s’inspire de cette époque et parsème son œuvre de codes renaissants, comme les piliers gothiques ou l’idée du labyrinthe véritable symbole de l’élévation spirituelle au 16ème siècle. Au-delà de cette appropriation d’éléments architecturaux, le lien entre la Renaissance et le travail de l’artiste berlinoise est perceptible dans l’idée du changement. La Renaissance est une période de bouleversement dans la conception du monde et de ce qui nous entourait et c’est cela que l’on retrouve chez Alicjia Kwade. Elle s’intéresse aux objets et plus en profondeur, à ce qu’ils contiennent, en prenant du recule pour toucher à des questions plus philosophiques.

Alicja joue avec les contrastes. Des choses très matérielles, très lourdes massives, comme la pierre et à l’opposée quelque chose de complètement éthéré comme le bruit de l’horloge . Un son répétitif, fort et pensant qui dégage finalement aussi une sensation de lourdeur, et qui exprime surtout cette notion impalpable qu’est le temps. Le but n’est pas d’apporter des réponses aux questions que tout le monde se pose : le temps qui passe, ou quelle place occupons-nous dans l’espace, mais Alicja kwade matérialise ses questionnements, ici un tronc d’arbre, là mur de béton qui rappelle un environnement plus urbain.

Le mouvement, l’espace deux concepts bien trop vagues pour résumer le travail d’Alicja Kwade. L’artiste s’interroge sur le système qui nous dicte comment percevoir l’espace, le temps, le mouvement, elle décortique analyse de manière complète, construit un monde, son monde elle l’exprime à sa façon, de manière somme toute très particulière avec l’idée d’ouvrir les possibles visions, loin d’une dictature de l’esprit, bien au contraire :

« Ma liberté d’artiste réside dans le fait de n’avoir rien à démontrer. Je propose des hypothèses matérielles sans prétention de preuve. »

« Je n’emmène personne vers quelque chose de précis »

Pas question pour cette artiste d’influencer le visiteur. Alicja n’a pas la prétention et ne souhaite pas imposer sa pensée, où se positionner comme pourvoyeur de idées reçues. Pour elle, pas question d’orienter le spectateur de lui dire ou même de lui souffler ce qu’il doit observer : « Je ne veux pas dire ce que l’on doit regarder, je n’emmène personne vers quelque chose de précis je veux ouvrir des possibilités, suscité de la réflexion, de l’interrogation » et même des critiques. D’ailleurs Alicja avoue volontiers observer le visiteur s’emparer de son œuvre : «C’est très intéressant de voir les réactions du public, quand le spectateur bouge, regarde, réagit » Elle guette les réactions qui l’amèneront pourquoi pas, vers d’autres questionnements.

Une carrière à l’ascension fulgurante

<Née en 1979 à Katowice en Pologne, Alicja Kwade quitte son pays très jeune. Sa famille s’installe à Berlin. C’est dans la capitale Allemande que l’artiste se révèle. En 2004 elle y présente sa première exposition personnelle, une dizaine d’années plus tard ses œuvres ont déjà fait le tour du monde, avec un point d’orgue en 2017, la Biennale de Venise. De Helsinki à Rome, en passant par Barcelone, Londres, Copenhague, toutes les grandes capitales européennes de l’art, en 2018 et 2019 exposent Alicja Kwade. L’artiste passe aussi par la case Etats-Unis, Gallery 303 à New-York succombe au travail sculptural de l’artiste berlinoise

Derrière la jeune femme à la silhouette frêle, et au regard perçant bleu glacé, se profile une véritable chef d’entreprise. Chaque projet nécessite l’intervention de plusieurs personnes, elle s’entoure d’une équipe solide de 10 à 15 collaborateurs . De la genèse de l’œuvre mûrement abouti dans l’imaginaire de l’artiste, à la concrétisation physique du projet, s’enchaînent des phases de travail bien rythmées : dessins, modélisation assistée par ordinateur, maquettes 3D, commandes des matériaux, réalisation, installation in-situ. Bien loin de l’image révolue de l’artiste solitaire, isolée, recroquevillée dans son antre créateur, Alicja Kwade s’impose comme une artiste ancrée dans son temps au regard visionnaire, à l’image d’un Léonard de Vinci.

Laurence MINIER

L’exposition d’Alicja Kwade au #CCCOD « The resting thought » est organisée dans le cadre de #vivadavinci2019 #RenaissanceS . A voir jusqu’au 1er septembre