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Léonard de Vinci au Musée du Louvre :

la belle ferronnière efface la Joconde

Pour l’exposition majeure du Musée Louvre de l’année 2019 -date anniversaire de la mort de Léonard de Vinci- les commissaires de l’exposition ont préférée « La belle ferronnière » à la « Joconde » pour incarner la vitalité du mouvement dans le portrait. Marque incontestable du maître Toscan. Ainsi « La belle ferronnière » beauté de l’art pictural de la Renaissance s’affiche sur tous les supports de communication.

Une beauté en chasse une autre

En choisissant « La belle ferronnière » comme icône de l’exposition, le Louvre a souhaité remettre à sa juste place cet immense chef d’œuvre.

Chef d’œuvre tant par la beauté du modèle que par le caractère élaboré de la composition.

La belle ferronnière est antérieure à la Joconde. Léonard de Vinci peint ce tableau entre 1495 et 1497. Un portrait qui révèle combien Léonard cherche à imiter la nature. Et le maître va plus loin que ces contemporains. Il veut avant tout maîtriser la forme, représenter parfaitement les choses. Il perfectionne ses figures pour conquérir le mouvement, avec une maîtrise du trait inégalée par ses pairs.

Le corps est en rotation, entre le profil et le trois quart. Le visage est presque de face, le regard ambiguë nous échappe. Vitalité du mouvement, complexité des articulations, caractère inassignable du regard, intelligence et force émanant de ce visage hypnotique sculpté par le clair obscur du sfumato. On est subjugué.

La Joconde star des selfies

L’œuvre est sublimée par le mystère qui plane sur l’identité du modèle. Il pourrait s’agir de Béatrice d’Este épouse de Ludovico Sforza Duc de Milan, premier mécène de léonard de Vinci. Autre hypothèse émise par les historiens, la belle ferronnière serait Lucrezia Crivelli, maîtresse du More.

Une certitude, il s’agit d’une femme de haut rang comme en témoigne la fine résille qui enserre ses cheveux ainsi que la bandelette ornée d’un bijou qui ceint son front. Fantaisie très en vogue à la Renaissance en Lombardie, que l’on nommait « ferronnière »

Avec ce léger sourire quasi énigmatique la belle inconnue milanaise pourra-t-elle un jour nous faire oublier celui de sa cousine florentine ? Mona Lisa s’estompera-t-elle derrière la beauté insolente de la belle à la ferronnière ?

Pour l’instant la Joconde reste « la star ». Chaque jour, 30 000 fans arpentent la salle des États du premier étage du Louvre pour venir l’admirer, plus vraisemblablement la « selfiser »

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La Joconde incarne la quintessence de l’art de Léonard de Vinci.

C’est un condensé de ses travaux, sur l’optique, les paysages, les effets de perspectives, mêlés à l’expression de ses émotions. Le maître livre une image poétique de l’être humain. il défend la peinture du clair obscur. Léonard peint à l’huile, il superpose des couches fines et transparentes pour créer des ombres par l’estompage des contours. Son fameux sfumato donne vie à la matière pictural.

Dés le milieu du 16e siècle Giorgio Vasari dans son livre « Les vies des plus excellents peintres sculpteurs et architectes » édité en 1550, fait de Léonard de Vinci le maître de la modernité. Vasari est aussi le premier à faire l’éloge de la beauté exceptionnelle des traits de la Joconde

sous la peinture on distingue les traits

Léonard de Vinci le maître de la modernité

« Les yeux avaient ce brillant, cette humidité qui existent sans cesse dans la nature, et étaient entourés de ces rouges pâles, et des paupières qui ne peuvent s’exécuter qu’avec une très-grande subtilité.
On voy
ait la manière dont naissent les sourcils dans la chair, qui tantôt plus épais, tantôt plus clairs, tournoient selon les pores qu’indique la nature.
Le nez étroit n’ét
ait pas moins bien rendu, et toutes ces belles ouvertures rougeâtres et délicates.
La bouche vermeille et ses extrémités se fond
aient tellement avec la carnation du visage, que l’on croyait plutôt y voir la chair que la couleur.
Lorsque l’on regardait attentivement le creux de la gorge, on sembl
ait apercevoir le battement du pouls; et l’on peut dire avec vérité que ce portrait était peint de manière à faire craindre et trembler les plus grands maîtres. »

Depuis le 16e siècle les couleurs d’origine ont évoluées. Les vernis déposés lors des différentes phases de restauration ont fini par atténuer les teintes. Les vernis ont jaunis et ont modifiés les bleus en vert, ils ont également assombri le vêtement de la Joconde. Le voile transparent est aujourd’hui devenu plus opaque.

Des sourcils disparus

Longtemps on a cru que la Joconde n’avait pas sourcils.

Certains experts ont avancé l’hypothèse qu’à la Renaissance il était de bon ton pour une femme chic et de haut rang d’avoir le front dégagé en s’épilant naissance de la chevelure et sourcils. Ainsi Lisa Gherardini épouse de Francesco del Giocondo aurait succombé aux dictâtes de la mode de la Renaissance.

Une hypothèse balayée par les nouvelles technologies. Des appareils ultra-perfectionnés permettent d’analyser la peinture au delà des vernis. Ils ont pu faire apparaître les traces du lustre initial des couleurs. Et les sourcils de Mona Lisa sont apparus.

A la question pourquoi la Joconde n’a pas de sourcils, la réponse est simple: le sufmato s’est incliné face à l’œuvre du temps.

Poser cette question était faire preuve, au mieux d’omission, au pire de mépris pour Vasari.

« On voyait la manière dont naissent les sourcils dans la chair »

L’éloge de la Joconde par l’auteur des «Vies des plus excellents peintres sculpteurs et architectes » ne gomme t-il pas le doute ?

Laurence Minier