Pour la première fois de sa carrière Fabien Mérelle expose sur ses terres. Le jeune artiste au coup de crayon aiguisé est installé depuis 10 ans à Tours. Présenté par la galerie Praz-Delavallade à Paris et Los Angeles, il est l’hôte du Centre de Création Contemporaine Olivier Debré jusqu’au 22 septembre 2019.
Entre fantasmes et réalité, Fabien Mérelle déroule son quotidien sur le papier, le bois ou la pierre. Telle une chronique qu’il incarnerait, l’artiste raconte, sous la pointe de son crayon encré, ses rêves, ses préoccupations, ses interrogations. Parfois ses dessins trouvent leur prolongement dans une mise ne scène, comme cette cabane façon « Robinson » en bois flotté, plantée dans la pénombre de la galerie du second niveau du CCC OD. Cette installation matérialise un des dessins exposés, une forme d’interprétation en 3D des traits de l’artiste pour gommer la frustration parfois naissante, de la feuille plane.

8 questions, 16 mots, Fabien Mérelle se raconte

Réalisme ou Onirisme:

« Le réalisme est au service de l’onirisme. Pas question de faire du réalisme pour le réalisme. Il faut dessiner de manière la plus réaliste possible afin d’amener les gens dans un monde étrange et onirique. A mon sens il n’y a rien de mieux justement que la précision du dessin. Plus on est précis, plus on est capable de transporter le public vers quelque chose de foncièrement farfelu. »

Couleur ou Noir & Blanc :

« le noir et le blanc sont des couleurs. Des couleurs très exacerbées. Mon travail lui est très souvent dans des couleurs douces et des niveaux de gris. Donc le noir arrive en dernier recours. »

Loire ou Océan :

« Pour cette exposition au CCCOD j’ai eu l’occasion de produire de nouvelles œuvres en lien avec la Vallée de la Loire. Le Fleuve est très présent dans mon travail. Mais le lieu de prédilection de mes dessins depuis quelques années, c’est au bout de l’ile d’Oléron. Mon travail est un cheminement de Tours jusqu’à Oléron. J’emprunte des matériaux propres à l’élément « eau », comme la pierre calcaire et le bois flotté. Toutes ces choses s’imbriquent dans mon travail, la Loire, l’Océan, le bois flotté, la pierre, la nature, sont de plus en plus présents. »

Bois ou Pierre :

« Les deux. Le bois est à la fois représenté dans mes dessins et pour cette exposition à Tours, il est présent en volume. Ce bois charrié par la Loire, j’ai voulu le faire sortir de mes dessins, comme un prolongement 3D de mes traits par le truchement d’une installation réelle de mon dessin « Refuge » une sorte de cabane de robinson en bois flotté. Les pierres sont aussi présentes dans mes dessins et ici au CCCOD elles apparaissent pour la première fois, matérialisées. Des blocs de calcaire posés au sol, sur lesquels j’ai dessiné. »

Ville ou Campagne :

« Rêver la campagne depuis la ville c’est mon lot quotidien. Par le dessin j’explore et j’évoque l’harmonie entre la nature et l’humain. »

Enfance ou Enfant :

« Mon enfance et mes enfants sont présents dans mon travail. Un jour mon père a ressorti mes dessins d’enfant. Comme une matrice j’ai redessiné dessus. J’ai décidé de les reprendre et les faire évoluer tous les 10 ans. Je dessine ma fille et je dessine aussi avec elle. Elle dessine elle-même sur mes dessins. On a des conversations dessinées. Exposer à Tours c’est aussi pour moi l’occasion de présenter mon travail à mes enfants, leur raconter des choses, eux qui vivent ici, habituellement j’expose loin de Tours. »

Passé ou Futur :

« Un bon dessin c’est un dessin qui justement casse les frontières entre le passé, le présent et le futur, c’est un dessin qui peut parler des trois. On a la chance avec le dessin ou l’art en général d’abolir les frontières, de les briser. Il me semble que le for d’une création artistique c’est se dissocier du temps. Il y a de cela on dans mes dessins il m’arrive de discuter avec des gens qui ne sont plus de ce monde, je peux aussi voler il n’y a plus d’attraction. Je peux aussi me projeter dans le futur je peux m’imaginer plus vieux. Tout est possible, c’est cela qui m’intéresse. »

Chaplin ou Vinci :

« Foncièrement les deux. Ce sont les deux grandes inspirations de ma vie, de mon travail. Pour Charlie Chaplin c’est son humanité qui me touche, il y a dans son travail énormément d’altruisme. C’est ce que je retiens. Je suis convaincu que si on montre un film de Charlot à une tribu reculée, elle en tirera quelque chose, elle comprendra le message, elle saisira l’absurdité et le burlesque de l’œuvre. Et Léonard de Vinci, c’est mon moteur, ma référence. Il m’a donné le goût du dessin. Je suis encore incapable de comprendre comment il arrive à faire ces dessins magnifiques, exceptionnels. Je suis admiratif de la manière dont il a su de mixer les nouvelles technologies, les sciences et la nature. J’essaie de faire comme lui, j’essaie de me servir de toutes ces potentialités, pour les mettre dans mon travail. »

Fabien Mérelle est aussi présent jusqu’au 3 novembre au Château du Rivau à Lémeré, avec 2 sculptures exposées dans le cadre de l’Hommage à Léonard de Vinci.

 

Laurence Minier